Absence de l’histoire africaine en Alberta

Carte du Congodrapeau franco-albertain

Ici, en Alberta, nous avons de la neige depuis environ un mois… Voir la neige tomber est un événement un peu traumatisant pour ceux, qui comme moi, ne voient pas l’utilité de se lancer à pleine allure, du haut d’une colline, sur une paire de planches longues et fines que certains appellent des skis… Et qui se sentent coupable d’envisager les sept prochains mois pantouflés à l’intérieur d’une chaumière en combattant, sans trop de succès, une armée de microbes et de virus…

Pendant que ces affreux flocons salissent la belle verdure qu’était toujours jusqu’à récemment mon jardin, je pense à l’Afrique… Un vieux sage m’avait une fois expliqué que lorsque l’on passe un mauvais moment, il faut se concentrer sur quelque chose qui en est l’exemplarité du contraire. Voilà ce qui explique donc le flot de mes pensées vers ce continent…

Pourquoi l’Afrique ? J’ai toujours été fasciné par ce continent depuis mon enfance. J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises d’y aller : Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Cameroun, Madagascar, Rwanda, Burundi, Ouganda… Au Rwanda, j’ai grimpé des volcans pour partager l’intimité d’une famille de gorilles des montagnes, et ce, pendant que l’on pouvait entendre des coups de canon qui nous provenaient du côté congolais du même volcan. Au Burkina Faso, j’ai vu de jeunes enfants, morts de faim, qui étaient pleurés par des villages entiers. L’Afrique, c’est cela; autant de beauté que de misère…

Je commençais à planifier mon prochain voyage au Bénin où je m’étais engagé à collaborer avec un organisme de Porto-Novo qui travaille avec des orphelins dont un grand nombre proviennent des pays limitrophes déchirés par la guerre. Suite à l’épidémie d’Ebola, il m’a été fortement recommandé d’annuler ces plans de voyage… J’ai écouté.

Pourtant l’Afrique continue de m’appeler…

Je lis depuis quelque temps un livre de l’auteur flamand David Van Reybrouck sur l’histoire du Congo. Des livres sur l’histoire et les politiques de l’Afrique, je dois en avoir des vingtaines, au grand désarroi de mon épouse d’ailleurs… Tous ou presque racontent l’histoire africaine d’un point de vue occidental, donc solidement ancré dans des vestiges colonialistes. Ce livre, tout simplement appelé « Congo » me fascine; Van Reybrouck a réussi un rare tour de force en écrivant sa brique (680 pages!) – prendre le temps d’écouter les Africains, plus précisément les Congolais, raconter eux-mêmes leur propre histoire. En se faisant, la perspective est totalement différente – on oublie les « bienfaits » des Belges colonisateurs pour apprécier l’histoire tant méconnue d’un peuple (en fait toute une panoplie de peuples!) qui n’ont jamais demandé à être colonisés… Une histoire extrêmement riche! Les empires africains qui ont évolué au centre de l’Afrique avant d’être oubliés par l’abysse du temps… Les différents peuples qu’abritait une vaste jungle qui s’étendait de l’Atlantique aux Grands Lacs… Il y avait avant l’époque coloniale plus de peuples au Congo, tous différents l’un de l’autre, qu’en Europe… les Bakongo, les Bakuba, les Balunda, les Bayaka, les Tutsi, etc. J’avais déjà lu la biographie du roi Léopold II et les horreurs de l’État indépendant du Congo dont le nom ne reflétait nullement la réalité. L’histoire des mains noires, je connaissais, mais lire le récit de gens qui peuvent retracer leurs lignées familiales à cette époque si dévastatrice, cela donne des frissons… De même pour les origines du kimbanguisme et l’emprisonnement forcé de ses premiers religionnaires lors de la création d’une religion réellement africaine. Les étapes, souvent sanglantes, qui ont mené le pays vers la genèse d’une nouvelle nation indépendante sont encore plus fascinantes lorsque racontées par des gens qui ont connu Lumumba et Kasa-Vubu. Sur une note un peu plus joyeuse, en tant que grand amateur de musique, j’étais ébahi d’apprendre que Kinshasa était un des berceaux du jazz et de la rumba en Afrique durant les années cinquante : Antoine Kalosoyi, Camille Makoko, etc.

Pourquoi est-ce que je vous parle de l’Afrique dans un blog qui se veut dédié à la francophonie albertaine ? J’y arrive…

Depuis au moins une vingtaine d’années, si pas plus, les Congolais arrivent en Alberta. D’abord dans les grands centres, Edmonton et Calgary, où des diasporas de plusieurs centaines de familles sont bien installées et contribuent à la société canadienne. Beaucoup plus récemment, c’est à Brooks, Lethbridge, Red Deer que nous les retrouvons. Le nouvel agent culturel de l’ACFA régionale de Falher, dans le nord-ouest de la province, est un jeune Congolais…

Pourtant, qui était le premier Congolais en Alberta ? Nul ne le sait… Je connais bien quelqu’un d’origine congolaise qui est ici depuis les années 80, mais rien n’est répertorié qui pourrait indiquer qu’il était parmi les premiers… Il existe bel et bien des associations congolaises dans les deux grandes métropoles albertaines, mais nous n’en connaissons pas l’histoire… Nos archives provinciales semblent avoir été oubliées pour ce qui est des manuscrits, des procès-verbaux, des photos, des listes des membres des conseils d’administration d’un peuple qui participe aussi au développement de notre francophonie albertaine.

Cela s’explique, du moins en partie, par les exigences des besoins d’intégration; se trouver un logement, un emploi, une école pour les enfants, l’envie de se canadienniser… C’est compréhensible. Pourtant des associations se sont créées au fil des ans… Que sont devenus les documents d’incorporation, les listes de présences lors de la première assemblée annuelle, les procès-verbaux ? L’écho de l’histoire congolaise a de la difficulté à vibrer entre les frontières de l’Alberta et je suis déçu que mes enfants n’apprendront peut-être pas l’histoire de certains de leurs amis de classe… L’histoire de la francophonie albertaine n’est pas uniquement celle des trappeurs et des contributions du clergé catholique…

Je parle ici des mes concitoyens congolais mais la situation est identique pour les autres communautés africaines : ivoiriens, camerounais, maghrébins, etc.

Je connais le nom du premier agent culturel d’origine congolaise à Falher – qui d’autre le saura?

Saint-Paul, Alberta – en évolution…

Centre culturel de Saint-Paul

L’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), organisme porte-parole de la francophonie albertaine, est un organisme provincial avec quatorze bureaux régionaux.  Ces bureaux, aussi appelés régionales, couvrent la province de Lethbridge à Fort McMurray (presque 1000 km !)

Chaque région francophone a son caractère propre, rendant toutes généralisations pratiquement impossibles.  Les communautés du nord, Plamondon, Saint-Paul, Bonnyville et Falher,  sont essentiellement agricoles avec des communautés francophones bien enracinées mais vieillissantes.

Le nord-est de l’Alberta fait partie des régions rurales albertaines touchées par le dépeuplement rural.  La ville de Saint-Paul est une agglomération, un bourg, d’environ 5 800 habitants, dont 12 % de francophones, située à 196 km au nord-est d’Edmonton.  Au fil des ans, l’agriculture a décliné et nombreux sont les francophones qui ont quitté pour d’autres régions, principalement Edmonton.  Il est en effet assez facile de rencontrer au sein de la francophonie d’Edmonton, des gens originaires de Saint-Paul.

J’adore me rendre à Saint-Paul…  Rien de plus beau après presque deux heures de voiture de voir le clocher de l’église se pointer à l’horizon…  À l’église, on vire à droite et on est arrivé au bureau de la régionale.

Comme c’est le cas dans plusieurs autres régions, la régionale de Saint-Paul essaie, tant bien que mal, à rassembler la communauté francophone locale.  À Saint-Paul, l’ouverture de l’École du Sommet, école francophone, en 1990 a grandement contribué à freiner le taux d’assimilation des francophones.  Quoiqu’il n’est pas possible de vivre uniquement en français à Saint-Paul (réalité albertaine oblige !), il est possible de participer à de nombreuses activités qui se déroulent en français.  Ces dernières, coordonnées soit par l’ACFA régionale ou l’école, attirent même un nombre grandissant de francophiles.  La Cabane à sucre annuelle et le lever du drapeau franco-albertain en mars,  la Veillée des moissons en octobre, les 5 à 7, et les spectacles « Chemins chez nous » n’en sont que quelques exemples.  Le petit journal mensuel, le Dirigeable, informe régulièrement la francophonie locale sur tout ce qui s’y passe…  Les jeunes finissants de l’École du Sommet ont créé un groupe rock, Évolution, qui semble avoir le vent dans les ailes…  La régionale félicite ses bénévoles annuellement et ce n’est pas les gens à remercier qui manquent…  La communauté de Saint-Paul a toujours été une communauté modèle pour plusieurs raisons : le dévouement, la disponibilité, la passion et la persévérance des membres de sa  communauté ont grandement contribué non seulement à la survie du fait français à Saint-Paul mais aussi à son essor !

Vu toutes ces activités, le dépeuplement rural ne semble pas avoir un impact.   Le succès de ces activités est trompeur…  De nombreux jeunes en quête d’emploi ou d’études supérieures continuent à quitter la région.  Malgré la forte participation aux activités, la régionale éprouve de la difficulté à trouver des membres pour son conseil d’administration.  Certaines personnes y siègent depuis des années faute de remplaçants.  Le conseil d’administration du musée historique, ne voyant pas de relève à l’horizon, songe à soit fermer ses portes ou s’amalgamer avec un autre musée municipal anglophone.

Jusqu’à tout récemment, la population francophone de Saint-Paul était assez homogène.  Hormis quelques Européens venus s’y installer, la francophonie locale était majoritairement franco-albertaine.  La francophonie locale s’est un peu agrandie au courant des dernières années en profitant de l’arrivée de quelques familles acadiennes, maghrébines et africaines qui, quoi qu’elles participent régulièrement aux activités offertes par la communauté, n’ont pas encore suffisamment d’enracinement pour en comprendre l’importance de la coordination.

Pour les rejoindre, la régionale devrait accentuer ses démarches de recrutement vers le corps professoral de l’École du Sommet où certains membres de ses familles atterriront soit en tant qu’étudiants ou employés.  Une autre piste serait de déléguer la coordination de quelques activités axées sur la jeunesse ou le culturel aux jeunes afin de les initier aux rudiments de la coordination communautaire.  Serait-ce les débuts d’une solution au dépeuplement de nos communautés francophones ?  Seul le temps nous le dira…

Saint-Paul

Filière franco-albertaine au Rwanda et Burundi

 

Ce blog est une mise à jour d’un article que j’avais écris pour l’hebdomadaire Le Franco en 2012.Buruni formation

La principale raison d’être de mon récent voyage au Rwanda et Burundi était de contribuer à ma façon au développement communautaire dans ces deux pays dont les répercussions de passés douloureux se font toujours sentir au quotidien.  Je suis allé à Kimironko, au Rwanda, non seulement pour évaluer les projets du Centre César, mais aussi pour y offrir des formations à des organismes en quête de capacités organisationnelles. Au Burundi, j’ai eu l’occasion de découvrir des organismes désirant aussi augmenter leur niveau de capacités.

 
Mon implication dans le développement communautaire et humanitaire remonte au début des années 80 lorsque je travaillais dans la région de Tuktoyaktuk dans les Territoires du Nord-Ouest. Je travaillais alors pour le ministère de Pêches et Océans Canada et j’ai eu l’occasion d’être initié au développement communautaire dans cette région qui, si l’on considère certains besoins essentiels, évoquait d’autres régions défavorisées du globe.  J’ai été invité à participer à divers projets tels que la rénovation d’un centre communautaire et l’évaluation des besoins des populations Inuvialuit et Dené locales et j’ai trouvé cela fascinant. D’ailleurs, depuis cette époque, la philosophie du développement communautaire axé sur les acquis que j’y ai découvert fait partie de ma vie et de qui je suis.

Pourquoi l’Afrique ?  Mon engouement pour l’Afrique remonte à mon enfance, alors que j‘habitais Saint-Boniface, au Manitoba.  Il y avait, non loin de chez moi, une maison des Pères Blancs, missionnaires d’Afrique et je m’étais lié d’amitié avec un de ces missionnaires, le Frère Nadeau.  Au fil du temps, ses récits et histoires sur son expérience et sa vie en Afrique avaient généré en moi un intérêt toujours grandissant pour ce continent.  Plus tard, ayant eu l’occasion de voyager en Afrique à plusieurs reprises, je fus consterné par l’ampleur de la pauvreté accentuée par un accès réduit aux soins de santé, à l’eau potable, à l’éducation, et au développement communautaire, et ceci même au sein de grandes agglomérations telles que Tananarive, Abidjan, Douala, Bamako et Dakar.  Cette disparité se traduisait trop souvent par des taux de mortalités et de maladies élevé.

N’étant ni médecin, ni infirmier, ni agronome, c’est à Madagascar en 1992 que j’ai commencé à voir le renforcement des capacités organisationnelles comme étant l’occasion pour moi de contribuer à ma façon.  C’est en renforçant les capacités organisationnelles sur le terrain qu’il est possible de pourvoir les organismes qui œuvrent sur place avec les outils nécessaires pour assurer des objectifs axés sur un développement communautaire réel.

 
Le Rwanda et le Burundi sont des pays victimes d’un même passé douloureux où leurs populations ont subi non seulement le joug d’une incompétence coloniale, mais aussi les crises ethniques répétitives qui ont particulièrement marqué leurs histoires récentes. Les deux pays sont présentement dans des phases de réconciliations axées sur une prise de conscience de citoyenneté nationale.

Que ce soit pour des raisons humanitaires ou pour des raisons de contribution au potentiel et dynamisme de croissance du Rwanda et du Burundi, de nombreux membres de la francophonie albertaine contribuent, chacun à leur façon, au développement de ces pays. Possédant une soif intarissable pour la justice sociale et le développement communautaire, ces bénévoles contribuent à faire rayonner la francophonie au niveau international.  Les impacts sociaux de ces contributions façonnent l’avenir de ces deux pays en voie de développement. Ces nombreuses interventions ont pour effet de renforcer les capacités des organismes locaux dans différents secteurs, tels que la gestion financière, les communications, la planification stratégique et la recherche de financement; tout ceci dans une optique de développement durable. Les résultats se reflètent non seulement dans le maintien, mais aussi l’amélioration des services offerts par les intervenants communautaires locaux, dans leur domaine d’intervention respectif.

Pour Lisette Trottier, membre du conseil d’administration (CA) d’Ubuntu Edmonton, sa contribution trouve sa source dans une rencontre qu’elle a faite en 1994 lors des débuts du génocide au Rwanda. En lisant le journal, un article a attiré son attention. « C’était un article du Edmonton Journal daté du 12 juillet 1994 intitulé « City Man Loses Family, House in Rwanda slaughter« . Cet homme était stagiaire à l’école où j’enseignais. Son histoire m’avait énormément touchée et j’ai toujours continué à m’informer, petit à petit, sur les évènements de ce génocide, » explique-t-elle. « Mon père était ami avec Nicole Pageau et à la suite du premier voyage de cette dernière au Rwanda, il a commencé à organiser des rencontres familiales avec elle, souvent lors d’un souper. Nous en avons souvent eu chez nous aussi. »

Ce n’était que le début de son implication et de sa contribution au développement du Rwanda. « Au tout début d’Ubuntu Edmonton, j’ai fait des recherches avec mon mari sur les possibilités de recevoir, d’entreposer et d’envoyer des effets donnés au Rwanda dans des conteneurs (vêtements, livres, ordinateurs…). Avec ma famille, nous ne manquions jamais les évènements tels que le souper annuel d’Ubuntu. Igor César m’a suggéré de me présenter au CA en 2007 et depuis, je siège comme secrétaire/trésorière. Je vais certainement me rendre au Rwanda un jour et je veux y passer au moins un mois et faire du bénévolat. »

Pour d’autres, les liens avec le Rwanda sont plus personnels. Pour Kayijuka Rukabuza, conseiller en emploi à accès•emploi, les raisons qui l’ont interpelé sont multiples. « Je connaissais le village de Kimironko et la situation de ces veuves avant que je ne vienne au Canada. Je voulais contribuer avec mes idées, car je connaissais mieux la situation sur le terrain. De plus, ce projet est né après la commémoration du 10e anniversaire du génocide des Tutsis au Rwanda au Campus Saint-Jean en 2004, et j’étais parmi les initiateurs de cette commémoration. J’avais un devoir moral de participer d’une manière ou d’une autre », raconte-t-il.  « Au début, j’ai accompagné Nicole Pageau dans des écoles pour expliquer la situation au Rwanda. Quand elle y est allée, je l’ai référée à une petite sœur qui lui a servi d’interprète pour un temps. D’une manière ou un autre, je suis attaché à ce village de Kimironko. Quand le temps me le permet, je participe à tout ce qui peut améliorer le sort de mes compatriotes », souligne cet ancien membre du CA d’Ubuntu Edmonton.

Ayant été témoin de la pauvreté de son pays natal, le Burundi, et de son village d’origine en particulier, Jean-Jacques Mitakaro a créé un organisme qui s’appelle Dufashanye Canada Foundation. « Il existe des milliers d’organisations internationales, toutefois, la plupart développent des activités qui sont plus humanitaires que vraiment axées sur le développement.  Au Burundi, j’ai par ailleurs assisté à un désintérêt poussé des enfants et des jeunes par rapport à l’école », affirme cet agent de renseignements trilingue pour Liaison Entreprise.  « C’est pour cela que dès que j’en ai eu la possibilité, j’ai créé Dufashanye Canada Foundation dont la mission est d’avancer l’éducation et d’améliorer les conditions de vie des enfants et des familles vulnérables du Burundi. L’appui à l’éducation des enfants nécessiteux se fait par le biais d’un programme de financement de l’éducation qui encourage des Canadiens à financer l’éducation d’enfants par un don unique ou régulier, ainsi qu’un programme de microcrédit qui finance des microprojets créateurs d’emplois et générateurs de revenus en milieu rural », renchérit-il.

Joëlle Nsabimana continue, quant à elle, à contribuer parce qu’elle connait bien l’importance de l’apport d’autrui. « Créée pour instituer un cadre de parole pour la jeune fille burundaise sur la scène publique, l’Association pour la promotion de la fille burundaise (APFB) a pour mission d’éveiller une prise de conscience active chez la jeune fille, sur le rôle qu’elle doit jouer dans la vie sociale, économique et politique de la nation. C’est une initiative qui vise aussi à conscientiser la société burundaise sur le rôle de la jeune fille dans la société notamment dans l’évolution et le développement social, la même jeune fille qui deviendra la femme de demain », renforce-t-elle.

C’est grâce à la contribution de Joëlle Nsabimana que l’APFB a récemment profité d’une formation sur le leadership. « Nul n’ignore le rôle capital que joue la femme dans la société burundaise. Ayant été un membre actif de l’APFB, j’ai gardé contact avec l’association ce qui me permet de temps à autre d’être au courant de ses activités. Quand Alain Bertrand m’a parlé de son projet d’aller donner une formation de leadership à des associations sans but lucratif au Burundi, j’ai tout de suite pensé l’APFB, d’autant plus que le thème de l’année 2012 de l’APFB est axé sur leadership », poursuit-elle.

Au fil des années, pour toutes sortes de raisons, certaines personnes se découvrent une passion. Jocelyne Babin a effectué deux voyages au Rwanda récemment. « Un ami de Red Deer, Brian, s’est rendu au Rwanda et a fondé un organisme qui s’appelle Home of Hope. Cet organisme offre un programme de parrainage pour orphelins et un programme de micro-prêts qui permet aux femmes désavantagées d’établir un petit commerce, » témoigne Jocelyne Babin.

« C’est lors d’une présentation que Brian a fait à notre église que mon rêve s’est éveillé : aller en mission en Afrique! J’ai soumis une demande avec Home of Hope (HoH) et je suis allée au Rwanda la première fois pour trois semaines en 2010 et pour quatre semaines en 2011! Au Rwanda, nous avons rencontré le personnel local de HoH; nous avons offert des ateliers de Word, d’Excel, en comptabilité et en procédures de bureau; nous avons aussi facilité des ateliers de leadership et de team building ».

Pour Mélissa Loiselle, c’est la découverte de l’Afrique qui l’a convaincue. « Je revenais à Edmonton après avoir passé près d’un an en Afrique. J’étais en recherche d’emploi et j’ai été embauchée par l’ACFA régionale d’Edmonton, Nicole Pageau en était la coordonnatrice à l’époque », se rappelle-t-elle. « C’est de cette façon que j’ai fait la connaissance de Nicole qui se préparait à quitter le pays pour partir au Rwanda. J’étais très impressionnée par son courage et sa générosité et la cause d’Ubuntu m’interpelait profondément et, comme je revenais tout juste de l’Afrique, j’ai alors offert mon aide au projet! »

Ayant immigré au Canada, Anand Soochit ressent un besoin de vouloir, d’une façon concrète, rendre un peu ce qu’il a reçu. « Je suis heureux et fier de ma vie au Canada et je veux sincèrement aider la communauté et donner en retour ce que j’ai obtenu », lance-t-il.

« Je veux être un mentor, je veux partager et venir en aide aux personnes qui ont besoin de soutien, tout comme j’en avais besoin autrefois. Dufashanye, c’est l’Afrique. C’est de cette partie du monde que je viens. Donc, offrir mon soutien à ce continent, en plus de celui offert à ma communauté francophone en Alberta, est tout naturel », ajoute M. Soochit.

Habitant Beaumont, en banlieue d’Edmonton, le francophile albertain Justin Minott, lui, vient de célébrer le troisième anniversaire de l’organisme Souls of the Feet avec lequel il est impliqué depuis le début. « En si peu de temps, nous voyons l’importante transformation que nous apportons aux communautés du Burundi. Nous apprécions aussi l’influence que nous pouvons avoir dans la vie de ces gens. Ce n’est pas toujours facile, mais l’effort en vaut la peine », commente-t-il.

En janvier 2014, Charles Balenga quitte l’Alberta avec son épouse Darla et leurs quatre enfants  pour s’installer à Gitega au Burundi.  Congolais d’origine et Franco-Albertain d’adoption, Charles Balenga a tout quitté pour se rendre au Burundi, même le service d’accueil pour nouveaux arrivants qu’il avait créé quelques années auparavant à Edmonton.  Après avoir affronté les inondations qui ont dévasté la région de Bujumbura en début d’année, Charles Balenga enseigne désormais dans la région de Gitenga, ne sachant pas quand il reviendra au Canada.

Aujourd’hui, le réseau de bénévoles pour l’Afrique au sein de la francophonie albertaine est plus actif que jamais. Toutes ces contributions jouent un rôle déterminant dans la réussite des efforts déployés pour appuyer les populations du Burundi et du Rwanda. De toute évidence, l’espérance pour l’Afrique n’en est que plus vivace.

 

La diversité culturelle au pays de Lucky Luke

Brooks Lakeside

Des petites villes comme Brooks, il en pullule dans l’Ouest canadien : Virden, Dauphin au Manitoba ; Yorkton, Esteban en Saskatchewan ; High River, Drumheller, Wetaskiwin en Alberta n’en sont que quelques exemples. Ce sont toutes des petites villes dont les origines sont intimement rattachées à la production agricole et où le « pick-up » est vénéré comme une diligence des dieux… 

Dans ces petits bleds, même s’ils ont parfois la réputation d’être un peu « red-neck », les habitants sont invariablement naturellement polis, respectueux, disciplinés et serviables.  Dans ces contrées des grandes plaines canadiennes, l’on remarque presque instinctivement la pénurie de restaurants à la carte qui ont contribué à une invasion massive de fast-foods (A&W, KFC, Subway, etc.) dont les arômes taquinent notre sens de l’odorat même à des distances de plusieurs kilomètres….Ces derniers rendent la vie difficile aux petits restaurants chinois historiques qui perdurent tant bien que mal…

Dans le centre-ville de la plupart de ces localités, le stationnement en diagonale est de rigueur.De plus, et c’est pratiquement immanquable, il y a presque toujours un ancien cinéma quelque peu délabré qui porte un nom tel que Empress ou Majestic et ce dernier est souvent situé à proximité d’un hôtel appelé St-Regis ou Colonial…On se croirait presque dans des versions 21e siècle des villes de l’Ouest américain identifiées dans les bandes dessinées de Lucky Luke – Painful Gulch, Daisy Town ou Dalton City – on y retrouve toujours, entre autres, les inévitables saloons qui, sous les normes de rectitude politique modernes, ont tous été rebaptisés « Sports Bar »… Bref, des communautés rurales paisibles à tendances conservatrices…

 Et pourtant…

En se promenant dans les rues de Brooks, les passants sont de moins en moins étonnés d’entendre non seulement du français, mais aussi, et ce depuis une quinzaine d’années, du lingala, de l’arabe, du wolof, du swahili, de l’afar, du dinka, et du kirundi. 

Située dans une des régions les plus arides de l’Alberta, en plein dans le Triangle de Palliser, non loin des Badlands – la seule région en Alberta où l’on trouve des serpents à sonnettes, des cactus et des araignées veuve noire –  Brooks est située à une quarantaine de kilomètres du parc provincial Dinosaur. Avec ses 10 000 habitants, cette petite ville ressemblait bel et bien à ses comparses ci-haut mentionnées jusqu’à l’arrivée de Lakeside Packers en 1996. En ouvrant son abattoir et en annonçant 2000 emplois, Lakeside venait aussi d’ouvrir la manne à emplois à Brooks…Le travail d’abattoir étant peu plaisant, mal rémunéré, il ne figure donc certes pas dans les priorités d’emploi de la grande majorité des Canadiens. Après avoir épuisé la réserve de main-d’œuvre locale, Lakeside s’était d’abord tournée vers les provinces maritimes canadiennes – après Fort McMurray au bas des sables bitumineux albertains, Brooks a le deuxième plus important pourcentage de Terre-Neuviens en Alberta – pour enfin faire appel à la main-d’œuvre internationale, plus particulièrement, les nombreux réfugiés qui atterrissent au Canada.  L’appel fut entendu…

Depuis 2000, plus de 3 500 réfugiés, pour la plupart d’origines africaines, sont venus s’installer à Brooks dont la population atteint maintenant presque 14 000 habitants.  Dès 2001, cette ville des prairies canadiennes avait été transformée en une mosaïque multiculturelle des plus originales.Personnellement, je me souviens très bien de cette transformation communautaire.En effet, dans le cadre de mon travail au ministère du Patrimoine canadien, en 2004, j’avais reçu une pétition d’environ une centaine de noms de nouveaux arrivants qui exigeaient des services en français.Perplexe, je m’y étais rendu en compagnie d’un collègue, Patrick Curti, afin de rencontrer cette nouvelle communauté francophone qui venait d’éclore…L’Association francophone de Brooks venait de naître…

Un quart de la population d’origine africaine

Brooks, dont le quart de la population est maintenant d’origine africaine ne tarda pas à devenir la coqueluche d’innombrables chercheurs sociaux qui s’interrogeaient sur l’avenir de ce nouveau laboratoire communautaire. Ces derniers arrivaient, un peu à l’improviste, de New York, de Chicago, de Californie, d’Angleterre, de France, d’Afrique du Sud… 

De toute évidence, l’afflux d’un si grand nombre de réfugiés dans une si petite municipalité qui ne s’y attendait pas a eu un impact important. Comme partout ailleurs, le niveau d’intégration à la communauté locale se fait en fonction des classes sociales et des conditions de départ de ces gens de leurs pays d’origine. Puisque l’expérience de vie de ces derniers diffère considérablement de celle de la plupart des Albertains, les services sociaux locaux ont été rapidement pris au dépourvu. De plus, beaucoup de ces gens arrivés seuls sans leur famille ajoutaient un élément d’isolement à leur intégration à la société canadienne. Pour ce qui est du logement, il n’était pas rare de voir une dizaine de personnes partager un simple appartement de deux chambres à coucher…

Quoiqu’il soit normalement reconnu que les emplois en abattoir soient loin d’être idéals, Lakeside a tout de même facilité l’intégration de ses employés à la communauté de Brooks en établissant des partenariats avec divers services d’accueil de Calgary et Medicine Hat. Ces derniers avaient accès à des espaces au sein des bureaux de Lakeside pour assister ces nouveaux arrivants à apprendre l’anglais et à contrer la hantise des montagnes de paperasses bureaucratiques canadiennes. Les programmes fédéraux de réunifications familiales ont aussi largement allégé le fardeau de l’isolement. En 2008, l’Association francophone de Brooks (AFB) a ouvert un centre d’accueil pour les jeunes immigrants francophones au centre-ville de Brooks.Dans le cadre d’un partenariat avec l’école francophone locale, l’École Le Ruisseau, l’AFB vient chercher les élèves après l’école afin de les transporter au centre où ils peuvent faire leurs devoirs et se divertir en toute sécurité en attendant que leurs parents terminent leur quart de travail à Lakeside.  Il est à noter que la communauté francophone de Brooks est la seule communauté francophone canadienne à être majoritairement d’origine africaine…

Plus de 60 langues répertoriées

L’enjeu scolaire est criant. Les écoles locales ont vu leurs populations d’étudiants augmenter de 75 % à 80 % depuis 2002…N’ayant pas su profiter d’un enseignement dans les camps de réfugiés, les nouveaux étudiants qui arrivent du Soudan, de Somalie, du Congo et du Liberia sont souvent illettrés lorsqu’ils débarquent dans les écoles de Brooks.Certains ont des expériences de vie qui exigent des soins et traitements psychologiques particuliers. Afin de subvenir à tous ces besoins, des jeunes sont régulièrement envoyés à Calgary, Lethbridge et Medicine Hat afin de profiter de soins spécialisés. Et, comme le savent déjà tous les Albertains, notre hiver n’est pas facile et nécessite donc une certaine période d’acclimatation…

A Brooks, plus de 60 langues ont été répertoriées lors du recensement de 2001 lorsqu’il n’y en avait que 12 en 1996.Environ le tiers des réfugiés qui arrivent à Brooks proviennent de pays francophones d’Afrique, ce qui facilite tout de même un peu leur intégration vu la disponibilité de l’école francophone et la présence de certains services fédéraux offrant des services à distance en français. Suite à une demande de l’AFB, le détachement de la gendarmerie royale de Brooks a même augmenté le nombre de ses gendarmes bilingues…

L’industrie de transformation des viandes est essentielle à l’économie albertaine et il n’est donc pas prévu que le nombre de nouveaux arrivants à Brooks diminue. Fait intéressant,  en augmentant, la population africaine de Brooks contribue à une certaine diversification de l’économie locale qui était autrefois essentiellement agricole.L’institution collégiale locale profite d’une augmentation importante d’inscriptions dans ses cours reliés aux services sociaux, au travail communautaire, aux services infirmiers et même à la traduction…Dans le cadre du Réseau d’immigration francophone en Alberta, tel que coordonné par l’Association canadienne-française de l’Alberta, les francophones de Brooks sont invités à y contribuer en participant aux rencontres semestrielles…Malgré les enjeux communautaires et sociaux, la communauté francophone de Brooks semble avoir un avenir prometteur…

Les échos de la chanson francophone en Alberta…

 

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Le festival Edmonton chante est un événement annuel très attendu chaque automne.

Chez les Bertrand de la rue Jeanne d’Arc à Saint-Boniface au Manitoba,  le dimanche était une journée spéciale.  Après nous avoir préparé une bonne tasse de chocolat chaud (à bien y songer,  on en buvait que le dimanche…), le paternel sortait ses microsillons (oui, je sais, moi aussi cela fait longtemps que je n’avais pas vu ce mot…) tant 33 tours que 45 tours…  C’était devenu quasi-religieux. 

Chers lecteurs, il y en a certainement parmi vous qui vous grattez la tête, complètement perplexe, et je vous comprends.  Avant l’apparition du cd au début des années 80, durant l’ère Mésozoïque, les enregistrements musicaux se faisaient sur une sorte de disque noir, à mi-chemin entre une roue et une pizza, que l’on appelait microsillons ou album ou LP.  Voilà pour le cours d’histoire…

Bon, revenons à mon père.  Donc, le dimanche matin pour moi était associé à la musique que mon père nous faisait découvrir inlassablement chaque semaine.  C’est ainsi que j’ai appris à apprécier des grands artistes de la chanson française tels que Gilbert Bécaud, Charles Aznavour, Salvatore Adamo, Mireille Matthieu, Line Renaud, Ginette Reno, Jacques Brel, Charles Treynet, Henri Salvador, et j’en passe…  Pour ceux qui continuent à se gratter la tête, le cours d’histoire est terminé ; veuillez donc rediriger votre curiosité vers Google.

Au fil des ans, j’ai, comme tout bon adolescent qui se respecte, volontairement délaissé la musique que mon père m’avait martelé dans la tête depuis ma tendre enfance.  J’ai découvert des styles de musique légèrement plus rythmés tels que le rock  et surtout le blues… essentiellement anglophones.  Toutefois, durant certaines périodes de « lucidité » (à comprendre comme bon vous semble, c’était après tout les années 70..), je me souviens d’avoir vu des groupes québécois tels que Offenbach et Beau Dommage au Centre culturel franco-manitobain…

Depuis mon arrivée en Alberta il y aura bientôt trente ans – faites pas le calcul, oui, j’ai des cheveux gris – je me considère chanceux d’avoir eu le privilège d’apprécier, principalement en tant que spectateur, mais aussi en tant que journaliste et parolier, l’évolution de la chanson française dans notre belle province.  Je ne prétends pas avoir toutes les connaissances de l’historique de la chanson francophone en terre albertaine, loin de là.

Enfin, tout ce blabla pour vous souligner un peu l’importance que la musique a toujours eu dans ma vie… 

Ok, voici donc l’événement qui m’a amené à écrire ce blog…  Lors d’un voyage récent à Winnipeg, j’ai eu l’occasion de discuter avec une jeune dame assez impliquée dans le secteur des Arts dans sa communauté.  Je ne divulguerai pas son identité car c’était une charmante jeune femme qui m’a admis ce qui suit en toute innocence… En discutant avec elle, elle m’a posé une question qui m’a estomaqué : « Avez-vous des artistes francophones en Alberta ?  Car je n’en connais pas… ».  Ouf.  Je me souviens d’avoir tellement froncé mes sourcils que j’en ressentais une douleur…  Pas d’artistes francophones en Alberta ?  Je ne suis habituellement pas un homme qui parle beaucoup mais là je me souviens avoir déversé toute une longue liste de ce qui se fait en chanson francophone en Alberta… 

Comment est-ce possible que nos artistes soient si peu connus à l’extérieur de nos frontières ?  Le Regroupement artistique francophone de l’Alberta (RAFA) travaille très fort à développer tous les secteurs artistiques de la francophonie albertaine, avec même, ce que je considère comme étant une emphase particulière sur la chanson.  Là n’est pas le problème.  Il semble y avoir une certaine balkanisation provinciale dans le cadre du secteur de la chanson où chaque communauté fait la promotion de ses artistes sans vraiment trop s’ouvrir à ce qui se fait ailleurs.  Bien sûr, je généralise.  Par contre, quoique les chemins des artistes des provinces des Prairies se croisent assez régulièrement, combien de nos artistes sont connus en Colombie britannique ou en Ontario ?  Au Québec ?

Par conséquent, j’aimerai maintenant faire ma part, aussi minime soit-elle, dans la promotion de nos artistes francophones en Alberta…  En voici donc quelques uns…

Ariane Mahryque Lemire est une jeune femme pleine de sensualité.  Chantant souvent les pieds nus (en Alberta, cela prend parfois une bonne dose de courage), ses chansons dégagent un certain humour axé sur son vécu tant romantique qu’artistique.  Son style est entièrement le sien, s’accompagnant elle-même à la guitare, Ariane, par l’entremise de ses chansons, dégage une franchise mélancolique qui apporte un grand  air de fraicheur…

Mireille Moquin – que dire de Mireille ?  Ses chansons, un mélange de pop et de folk, démontrent une intense originalité et contribuent à assurer que sa présence sur scène ne cesse de captiver son auditoire.  Son album « Au revoir Princesse » contient des textes qui peignent des images des plus colorées et annonce l’atteinte d’une certaine maturité tant au niveau des compositions que de la production.

Marie-Josée Ouimet est devenue une incontournable de la chanson franco-albertaine.  S’alimentant en grande partie dans les styles jazz et blues, Marie-Josée s’est forgé une solide réputation sur la scène albertaine.  Au top de son art, elle appose sa voix agréable et finement modulée à chacune de ses chansons. 

Allez Ouest est un groupe de quatre musiciens qui est devenu l’incarnation de l’exemple parfait d’un groupe rock-folk-country franco-albertain.  Comprenant des musiciens chevronnés tels que Robert Walsh, Joël Lavoie. Jason Kodie et Mireille Moquin, Allez Ouest livre un produit bien cossu.  La chanson éponyme « Allez Ouest » est en elle-même l’apogée de la remise en question ouestrienne, le « Qui suis-je ? » de l’identitaire franco-albertain…

Étienne Grangé-Praderas, un ami de longue date et un multi-instrumentaliste hors-pair, a quitté sa Provence natale il y a belle lurette pour venir s’installer en Alberta.  Harpiste extraordinaire, Étienne sait comment allier la musique celte à des rythmes africains par l’entremise d’une mandoline, une guitare ou une flûte.  Musicien bien connu à Calgary, Étienne est aussi un peintre.

Originaire de Saint-Isidore, un hameau francophone situé dans la région de Rivière-la-Paix dans le nord-ouest de l’Alberta, Joël Lavoie semble avoir un don pour refléter le grand air et le vent des grandes étendues de sa région natale.  Avec des titres tels que « Tournesol »,  « Nouveau Jour »,  « l’Été éternel », son disque « La Récolte » chante l’été et offre des images de champs de canola à perte de vue…

Jason Kodie est l’homme à tout faire de la musique dans la grande région d’Edmonton.  Que ce soit par l’entremise de groupes tels que le Fuzz, Allez Ouest, Captain Tractor, Les Fistons, Hookahman, etc., la musique de Jason et son inséparable accordéon résonne d’un bout à l’autre de la province.

L’inimitable et l’inévitable Ronald Tremblay, une véritable institution au sein des organismes d’appui (co-fondateur du Chant’Ouest, entre autres) a lui-même endisqué un excellent album, «Poésie pour le poivre »,  au début des années 2000…  Mes chansons préférées : « Rock n’Relaxe » et « le Son de mes mots »…

Bien sûr un listing des artistes de la chanson francophone albertaine serait incomplet sans la reine canadienne du Cajun, Crystal Plamondon…  Laissons le bon temps rouler…

Il y en a bien d’autres !  Robert Walsh, Paul Cournoyer, Jessica Holtby, Roger Dallaire, et j’en passe…  Des flancs des Rocheuses aux étendues des prairies, des coulees du sud aux forêts du nord, que l’écho des voix francophones puisse continuer à résonner en Alberta…

Petite histoire des Belges en Alberta

drapeau belge

Et hop, un autre petit cours d’histoire…

Ceux qui prennent le temps de me connaitre savent probablement que je suis d’origine belge… Ce n’est pas quelque chose que je chante sur tous les toits (quoique l’idée n’est pas si saugrenue…) et il n’y a peu de choses chez moi qui soulignent ma fière belgicité… à peine une statue grandeur nature du Manneken Pis, quelques livres d’histoire, et … ahem, une cave de bières belges assez bien garnie, merci bien…

Bref, vu mes origines, j’ai toujours eu un intérêt pour l’histoire des Belges dans l’Ouest canadien. Ayant passé ma tendre jeunesse à Saint-Boniface au Manitoba, j’ai eu l’occasion d’y apprécier à maintes reprises le « Belgian Town », cette pointe de quartier située entre le boulevard Provencher, la rivière Seine, et les rues Archibald et Messier. Il ne reste plus grand-chose de ce petit quartier dont les origines remontent au début du 20e siècle. De nos jours, le cimetière belge (Sacré-Cœur), la caisse populaire belge et le Club Belge y témoignent toujours d’un attachement à la mère-patrie, quoiqu’il ne doive plus y avoir beaucoup de familles belges qui y résident encore.

Bon, assez pour l’histoire manitobaine, plongeons dans l’histoire des belges en Alberta…

Selon toute vraisemblance, les premiers Belges à fouler le sol de l’Alberta auraient été des coureurs de bois participant à la traite des fourrures à l’époque de la Nouvelle-France… L’opinion populaire semble vouloir dicter que ces coureurs des bois ou voyageurs étaient tous des Français… pas du tout, il y aurait eu des Belges (même si la Belgique n’existait pas à l’époque), des Suisses, des Allemands, des Scandinaves, etc…

Ensuite ce fut la période d’évangélisation de l’Ouest canadien par les missionnaires dont, entre autres, un nombre assez impressionnant de Belges ! Le père Pierre-Jean de Smet, de Dendermonde en Belgique, arrive au Fort Edmonton en 1845… Des pères belges de l’ordre des Oblats de Marie-Immaculée arrivèrent à la mission du Lac-la-Biche en 1874. Ces mêmes Oblats contribuèrent à la fondation du collège Blue Quills à Saint-Paul et des écoles pour autochtones à Hobbema. Le Père Léonard Van Tighem, un fier Brabant, passa de nombreuses années auprès de la nation Pied-Noir et fonda plusieurs écoles à Calgary, Lethbridge et Taber. Son frère Victor fut missionnaire à Fort Macleod. Une lettre du Père Leduc écrite en 1895 à la Supérieure des Dames du Très Saint Sacrement à Bruxelles est remplie d’éloges pour l’excellent travail des missionnaires belges en Alberta (merci Éloi pour cette information !).

Mon ami Eloi DeGrâce a récemment rédigé un article dans le Franco, notre hebdo francophone albertain, sur les communautés belges et françaises en Alberta au début du 20e siècle. Semble-t-il que les Belges (ok, ok… et les Français) représentaient un pourcentage important de la francophonie albertaine au courant des années pré-Première guerre mondiale… Lors de l’appel aux armes en 1914, de nombreux Belges prirent le chemin de la défense de la patrie, entonnant certainement avec fierté la Brabançonne… La grande majorité ne revint pas dans nos contrées albertaines…

Le village de Trochu, petit bled situé au sud de Red Deer est reconnu pour l’histoire utopique des soldats français qui vinrent s’y installer en 1903. Un fait rarement mentionné est que ces soldats français furent rejoints par des aristocrates belges qui contribuèrent à financer l’incorporation du ranch Sainte-Anne. Lorsque la Première Guerre mondiale fut déclarée en 1914, les Français et Belges retournèrent se battre en Europe… Alea Jacta Est. Aucuns Belges ne revinrent à Trochu, ayant tous péri sur le champ de bataille.

Ce qui est intéressant avec l’histoire des Belges en Alberta, c’est, plus qu’autre chose, la « petite histoire ».

Fondé par un missionnaire belge en 1903, l’église Saint-Norbert de Millet avait en sa possession jusqu’à sa fermeture en 2012, une statue de Saint-Norbert offerte par la congrégation du missionnaire en question. Wetaskiwin, à une quarantaine de kilomètres de Millet, avait aussi une vibrante communauté belge composée autant de Wallons que de Flamands. Il ne semble pas y avoir eu de querelles linguistiques et on note même une certaine assimilation des Flamands dans la communauté wallonne. Maintenant bien intégrés à la majorité anglophone locale, leurs descendants y vivent toujours. J’ai ouï dire que le meilleur endroit en Alberta pour trouver des fameuses gaufres liégeoises serait à Wetaskiwin… Une quête intéressante en perspective…

Un Wallon, François Adam, arrive à la mission Duhamel en 1886. Cette mission située à environ 80 kilomètres au sud-est du Fort Edmonton, avait été fondée avec l’aide de missionnaires belges quelques années auparavant. Fier Wallon, agriculteur de métier, grand amateur de houblon (ok, je n’ai aucunes preuves de cela…) François Adam se met à défricher une terre à l’extérieur de la mission et s’y construit une habitation. Étant un des premiers pionniers de la région, il est aujourd’hui reconnu comme étant un des fondateurs de la ville de Camrose.

Il y a aussi l’histoire du pauvre cocu belge de Cardston, ville reconnue de nos jours comme étant la capitale canadienne des Mormons… Originaire de Mouscron en Wallonie, Henri Hoët, un charpentier, arrive à Cardston en 1913. Débordant d’amour pour sa dulcinée qu’il a été obligé de quitter afin de s’aventurer au Canada, il décide de lui construire un énorme château en pierres de basalte avec un grand intérieur en bois franc. La construction lui prit 15 ans… La belle dame de ses rêves ne traversa jamais l’Atlantique pour venir le retrouver ayant trouvé depuis longtemps son bonheur en Wallonie. Henri en fut tellement attristé qu’il ne s’est jamais marié… L’histoire n’explique pas pourquoi cela lui a prit 15 ans avant de réaliser qu’elle ne viendrait pas…

Pour en revenir à Wetaskiwin… Lorsque j’étais à Calgary, j’avais un mentor communautaire du nom de Paul De Schryver. Originaire de la région de Gand (Ghent), en région flamande, et ayant passé quelques années au Québec, Paul était venu s’installer à Calgary. Quoiqu’il ait été flamand, Paul parlait un excellent français avec même une petite touche d’accent québécois. Il était très impliqué au sein de la francophonie calgaréenne : président de la Société franco-canadienne de Calgary, membre fondateur de la Cité des Rocheuses, membre de la paroisse Sainte-Famille, et administrateur au sein d’innombrables conseils d’administration. C’est un peu grâce à lui que je suis devenu un francophone « vendu à la cause »… Paul était propriétaire de deux cliniques de physiothérapie à Calgary et nous nous étions rencontrés lorsque j’étais vendeur d’annonce pour un journal mensuel francophone maintenant disparu, le Calgaréen. Et non, ce n’était pas parce que j’étais mauvais vendeur… C’est en réussissant à lui vendre des annonces justement que nous sommes devenus amis. Paul avait une conviction communautaire qui correspondait parfaitement à la mienne, soit une vision inclusive axée sur la participation citoyenne et non seulement sur celle d’une certaine élite communautaire. C’est vers l’an 2000 que sa santé a commencé à se détériorer. Puisque j’étais déménagé à Edmonton en 2003 afin d’accepter un poste de fonctionnaire, nous avions hélas perdu contact. C’est en 2004 que j’appris son décès à la suite d’un cancer.

Oui, oui, je sais… quel est le lien avec Wetaskiwin ? Au courant de l’été 2011, ma famille et moi nous promenions dans la région de Wetaskiwin, plus précisément sur la route 822 dans la région de Gwynne, non loin du lac Coal. La route serpentante nous mena éventuellement vers une petite chapelle catholique, un peu perdue entre des fermes, entourée de nombreux pâturages remplis de grosses vaches Holstein…. En nous arrêtant pour apprécier la chapelle, nous avons aperçu qu’elle abritait un petit cimetière. Étant un mordu d’histoire de la francophonie albertaine, j’ai la tendance lorsque je voyage à sillonner les cimetières un peu partout en province afin d’y répertorier des noms d’origine francophone. En longeant une rangée située au côté sud-ouest du cimetière, un nom capta vite mon attention : Paul de Schryver… Décédé à Calgary, mon mentor avait décidé de venir passer l’éternité dans ce paisible endroit en pleine campagne albertaine. Une place était déjà réservée pour son épouse Céline … Je n’ai jamais poussé mes recherches afin de connaitre le lien entre Paul et la ville de Wetaskiwin mais je suppose que cela pourrait être relié à l’histoire des Belges à Wetaskiwin…. Le hasard semblait m’avoir amené à cette petite chapelle afin que je puisse saluer mon mentor. J’y suis retourné deux fois depuis…

Pour ce qui est de mes « pèlerinages » dans les cimetières albertains, ce sera une autre histoire…

L’école – pierre angulaire de la communauté francophone de Beaumont

Qu’est ce qui définit une communauté ? Comment une communauté peut-elle se bâtir, se développer et s’épanouir ?

Ce mois de janvier 2014 a vu l’éclosion d’un rêve à Beaumont, petite municipalité d’environ 14 500 âmes située à une quinzaine de kilomètres au sud d’Edmonton, mon petit « chez-moi »… Éclosion n’est peut-être pas le bon mot car pour de nombreux Beaumontois, dont moi, c’est plutôt l’aboutissement d’un rêve… Enfin, une municipalité, qui se dit officiellement bilingue depuis belle lurette, aura son école francophone ! Il y a maintenant quatre municipalités officiellement bilingues en Alberta (Beaumont, Legal, Plamondon, Falher) et Beaumont est la seule à ne pas avoir son école francophone…

La communauté francophone de Beaumont, selon la plupart des dires, se chiffrerait à 10 % de la population de la municipalité, donc à environ 1 500 personnes… La plupart de ces personnes sont les familles et les descendants de ces irréductibles francophones qui sont à l’origine de la création du village de Beaumont vers la fin du 19e siècle. D’autres sont de jeunes familles franco-albertaines, québécoises et acadiennes venues s’installer à Beaumont en quête d’un endroit tranquille pour vivre dans une région fertile en emplois de toutes sortes, à proximité d’un aéroport international permettant des déplacements assez faciles vers, entre autres, Fort McMurray. D’autres encore sont des nouveaux arrivants en terre canadienne en provenance du Congo, du Sénégal, de l’Algérie, de la France et de la Belgique… Enfin, il y a les rêveurs comme moi qui espéraient échapper aux réalités associées à une ville métropole tout en appréciant voir des vaches et des chevaux en milieu rural chaque matin… Bof, cela est une autre histoire….

Là où je veux en venir c’est l’importance que peut avoir la contribution d’une école au développement d’une communauté. Dans une communauté en situation linguistique minoritaire, et ce encore plus particulièrement dans l’Ouest canadien, l’école est à la base de ce qui définit une communauté. L’école est un service public qui, par la force des choses, est une pierre angulaire sociétale ; l’école se doit donc d’être réfléchie dans sa globalité, dans le cadre d’une réflexion communautaire.

Tout cela ne veut pas faire sous-entendre que la langue française n’a jamais eu sa place à Beaumont ! Toutes les écoles situées sur le territoire de la ville de Beaumont sont d’excellentes écoles d’immersion française. Il n’est pas rare pour mes enfants, qui sont francophones, de se faire inviter à jouer par d’autres enfants de Beaumont, parfaitement bien éduqués en immersion française et fiers de pouvoir pratiquer leur deuxième langue…

Et c’est ce point de deuxième langue qui fait toute la différence… Quand on pense à une école, on doit penser à une certaine appropriation culturelle, on doit penser à la construction identitaire, on doit penser à la création d’un sens d’appartenance à sa communauté. Ce sont ces concepts qui ne se retrouvent pas dans une école d’immersion française où l’enseignement est entièrement axé sur l’apprentissage d’une langue seconde.

Il y a des francophones à Beaumont, oui, mais est-ce une vraie communauté ? J’y habite depuis presque dix ans et comme bien d’autres, j’étais surpris de voir la soixantaine de parents intéressés lors de la rencontre inaugurale pour une école francophone. Les francophones de Beaumont se sentent isolés sans de vraies raisons de se rassembler. Un grand nombre de parents envoient leurs enfants à l’École Sainte-Jeanne-D ‘Arc à Edmonton (comme moi !) et, en ce faisant, ne créent pas de vrai lien avec la ville de Beaumont où ils ont pourtant choisi de vivre. D’autres parents envoient leurs enfants dans des écoles d’immersion à Beaumont afin de leur éviter le va et vient quotidien en autobus vers l’école francophone à Edmonton.

L’école francophone à Beaumont est au cœur d’un vrai projet de développement communautaire car elle deviendra un point de rassemblement, un centre de création identitaire par excellence. Une école francophone permettra de s’ouvrir sur le monde francophone par l’entremise d’une augmentation du sens d’appartenance à la francophonie locale. Ce sera un outil de rassemblement qui s’ouvrira aux parents, à la communauté, à la ville de Beaumont… Je sais, je sais… trop de vocabulaire d’ancien fonctionnaire fédéral… Toutes mes excuses!

Le projet d’une école francophone à Beaumont est accompagné de deux projets parallèles : la création d’une garderie francophone et la création d’une prématernelle francophone. Trois projets qui s’imbriquent bien l’un dans l’autre car ils sont inséparables. Avec l’ouverture d’un nouveau centre communautaire à Beaumont en septembre 2015, un espace de 6 000 pieds ² carrés y est déjà réservé pour une garderie qui sera soit entièrement francophone ou bilingue, répondant ainsi aux rêves d’un grand nombre de parent beaumontois.

L’école est un véritable fer de lance communautaire et il essentiel de la percevoir comme un lieu de cohésion sociale. À Beaumont, c’est un projet qu’il faudra habiller solidement afin qu’il puisse bien porter les aspirations d’une communauté entière et en assurer l’épanouissement…

La francophonie albertaine perd un de ses architectes le 29 décembre 2013.

1-Eugene_Trottier

Qu’est qu’un architecte communautaire ? C’est tout d’abord une personne convaincue, en quelque sorte, plus qu’un partisan mais bel et bien un ardent artisan de l’avenir de sa communauté. Eugène Trottier savait porter et partager sa vision communautaire. Toujours à l’affut des changements dans sa communauté, il a su influencé la francophonie albertaine tout en la naviguant, sans grands coups de barre, vers une plus grande ouverture et une meilleure compréhension d’elle-même.

Eugène Trottier est né le 30 juillet 1922 à Saint-Denis d’Anjou en France. Arrivé en Alberta en 1952, il s’installe à Edmonton après être passé par Legal, petite municipalité située à une soixantaine de kilomètres au nord de la capitale albertaine. Premier salarié de l’Association canadienne-française (ACFA), Monsieur Trottier a passé une bonne partie de sa vie, soit une trentaine d’années, à travailler au service de sa communauté d’adoption.

A l’époque, l’ACFA, organisme porte-parole de la francophonie albertaine, était en quête de membres. En sillonnant les quatre coins de la province, Eugène Trottier était l’émissaire parfait. Que ce soit à Saint-Isidore ou Falher dans le nord-ouest de la province, ou Saint-Paul ou Bonnyville, dans le nord-est, ou encore à Calgary, tout le monde le connaissait. En janvier 2013, j’ai eu l’honneur de participer au 40e anniversaire du bureau régional de l’ACFA à Saint-Paul et les éloges fusaient toujours de toutes parts pour la contribution qu’avait apporté ce grand architecte communautaire à la région de Saint-Paul.

Eugène Trottier a prit sa retraite bien méritée au début des années 80.

J’ai eu l’occasion de rencontrer Monsieur Trottier à plusieurs reprises. Pour lui, j’étais « Patrimoine », faisant référence à mon ancien emploi au Ministère du Patrimoine canadien. « Ah, Patrimoine, comment vas-tu ? », me disait-il. Même s’il connaissait mon nouvel emploi à l’ACFA, j’étais toujours « Patrimoine »…

Puisque je siège au conseil d’administration d’un organisme humanitaire, Ubuntu Edmonton, avec sa fille Lisette, j’ai eu l’occasion de le revoir à plusieurs reprises lors d’activités de levées de fond et lors d’assemblées générales annuelles. « Ah, Patrimoine, je suis content que tu sois avec Ubuntu », me répétait-il. Nous discutions des divers projets reliés au Centre César et de Nicole Pageau, une dame pour laquelle il avait beaucoup de respect.

Le dernier entretien que j’ai eu avec lui était lors de son 90e anniversaire. Ne sachant pas trop à quoi m’attendre, j’avais hésité de m’y rendre. Je ne voulais pas que l’image de l’homme que je connaissais, que je voyais un peu comme mon mentor communautaire soit immuablement changée en celle d’un homme qui avait atteint le bout de son chemin… Tel ne fut pas le cas… Je retrouvai un homme en pleine possession de ses moyens intellectuels, un homme rempli de fierté d’avoir toute sa famille et ses amis autour de lui… Je me suis agenouillé à ses côtés et nous avons eu un entretien d’une vingtaine de minutes sur les nombreux dossiers de l’ACFA.

C’était un homme volubile, généreux et gentil, enthousiaste, possédé d’une disposition toujours ensoleillée, prêt à partager ses connaissances et toujours en quête de nouvelles…

Merci Monsieur Trottier pour tout ce que vous avez contribué à la francophonie de votre dernière patrie, l’Alberta…

L’épopée franco-albertaine…

Lorsque l’on parle de l’histoire de la francophonie albertaine, le sujet dépasse parfois l’imagination… Que ce soit l’histoire des premiers Voyageurs et coureurs des bois, en passant par l’arrivée des premiers pionniers, et la participation des francophones albertains aux grandes guerres du 20e siècle, au luttes pour la gestion scolaire des années 1990 ; c’est une histoire qui mérite d’être célébrée, racontée, chantée, louangée (ok, je m’emporte)… mais surtout enseignée…

Lorsque je suis assis à ma table le matin en grignotant ma toast au beurre de pinottes, c’est l’apport de l’histoire de la francophonie albertaine qui me permet d’écouter l’illustre Rudy Desjardins, animateur de l’émission radiophonique matinale de Radio-Canada ; de lire mon hebdomadaire franco-albertain préféré (ok, ok… je sais qu’il n’y en a qu’un…) tout en écoutant mes enfants se préparer pour leur journée scolaire en français.

En effet, les luttes des années 1940 pour la radio francophone en Alberta ont éventuellement mené Radio-Canada à acheter la radio qui fut implantée en 1949. Le journal Le Franco, issu du journal La Survivance, célèbre cette année ses 85 ans d’existence. En ce qui concerne l’éducation en français en Alberta, mes enfants en profitent suite à l’obtention de la gestion scolaire francophone en 1991.

Les connaissances que nous apporte l’histoire sont essentielles car non seulement elles répondent à certaines questions existentielles (D’où viens-je? D’où viennent mes collègues? Pourquoi suis-je minoritaire? Crystal Plamondon vient-elle vraiment de Plamondon? Etc.), mais aussi nous expliquent l’engouement que nous avons pour le développement de notre communauté et notre survie linguistique. L’histoire nous indique le trajet que nous avons déjà parcouru en tant que communauté de « langue officielle en situation minoritaire (les guillemets soulignent le fait que j’abhorre cette expression avec une passion dépassant largement les normes…) mais aussi, en une certaine mesure, une stratégie qui nous préparer à l’avenir. Connaitre son histoire et celle de sa communauté n’a jamais fait de tort à quiconque…

C’est le 30 novembre 2013 que la nouvelle Société historique francophone de l’Alberta tenait sa toute première Foire de l’histoire. Établie en septembre 2012 (donc toujours flambant neuve !), cette société complète présentement un inventaire non seulement des programmes et services disponibles au sein du secteur historique francophone en Alberta mais aussi un inventaire du patrimoine actuel (édifices, livres, musées, etc.). La Foire ciblait aussi l’identification de certaines priorités pour la petite dernière des associations francophones.

Tel que mentionné dans le premier paragraphe (vous pouvez vérifier…), le sujet est énorme… Ou commencer ? L’histoire des francophones en Alberta remonte à 1743 lorsque les fils de Pierre Gaulthier de Varennes, sieur de la Vérendrye découvrirent les montagnes Rocheuses. Je me suis toujours demandé où étaient ces mêmes montagnes en 1742… Ce fut ensuite l’époque des voyageurs et coureurs de bois qui, pour la plupart, ne sont venus dans nos contrées que pour appauvrir la diversité faunique et élargir le pool génétique local avant de rentrer chez eux… Née en 1780, Marie-Anne Lagimodière (née Gaboury), est réputée comme étant la première femme blanche née dans ce qui est aujourd’hui l’Alberta (impossible à confirmer, j’y étais pas). De 1800 à 1875, diverses congrégations religieuses sont venues partager la Bonne Nouvelle avec les populations locales qui n’en demandaient certainement pas tant… Ces congrégations religieuses sont à l’origine des fondations de nombreuses communautés francophones éparpillées à travers la province : Saint-Albert (qui célébrait son 150e anniversaire en 2011), Legal, Saint-Paul, etc. L’arrivée de nombreuses familles canadienne-française et franco-américaines contribua énormément au développement de l’Alberta… Et, ensuite… bon, je ne vais pas faire l’encyclopédie de l’histoire francophone en Alberta… Il existe d’excellents livres sur le sujet par, entre autres, France Levasseur-Ouimet et Nathalie Kermoal.

Outre la narration des divers faits historiques et personnages peuplant l’histoire de la francophonie en Alberta, comment prioriser un secteur si vaste ? La crainte de perdre des vestiges historiques a mené à des discussions intéressantes sur la nécessité de savoir archiver. En effet, il est fort probable que des documents d’histoires languissent dans des boites oubliées dans des garages, mansardes et sous-sols. Comment suffisamment intéresser les gens à l’importance de l’histoire pour qu’ils se mettent à fouiller chez eux et archiver ce qui pourrait s’avérer être utile ? Le hic qui était apparent lors de la Foire est que le concept de ce qui est « histoire » est méconnu. L’histoire ne se limite pas à ce qui a été réalisé par nos ancêtres mais peut aussi comprendre ce qui s’est passé hier…

De plus, et c’est mon gros grain de sel, l’histoire se limite aux grands de ce monde et ne tient pas compte des vies de Monsieur et Madame Toutlemonde qui pourtant ont bel et bien vécu eux aussi. De grands hommes tels que l’investisseur J.H. Picard et le juge Charles Borromée Rouleau avaient des épouses et contemporains. Les seules traces de ces personnes se retrouvent dans nos cimetières et pourtant ils ont bel et bien vécu, travaillé, fondé des familles, et contribué eux aussi à leurs communautés…

Nous faisons tous partie de l’histoire car chaque journée se fond en une autre et qu’elles sont toutes remplies d’impacts divers… L’appréciation de l’histoire francophone en Alberta ne doit pas être une activité passive… Longue vie à la Société historique francophone de l’Alberta !

S’Outiller pour sa communauté en Alberta…

En milieu minoritaire francophone au Canada, croyez-moi, les formations en compétences reliées au travail sont assez rares. En Alberta, plus particulièrement à Edmonton, il est probable que la communauté francophone devra dire « au-revoir, ce fut un plaisir ! » au Centre collégial de l’Alberta. Pour des raisons que j’essaierai peut-être de décortiquer dans un blog futur, le robinet du financement qui était entre les mains de l’Université de l’Alberta s’est resserré. Il y a bien sûr, le campus francophone de l’Université de l’Alberta, situé au cœur du quartier francophone d’Edmonton mais ce sont des cours universitaires distincts et, d’ailleurs, même là aussi, le robinet vient de commencer à se resserrer…

C’était donc dans le cadre de cette réalité que se tenait, il y a quelques jours, la huitième édition de « S’Outiller pour sa communauté ! ». Chaque année, en novembre, et ce depuis 2006, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) offre une série d’ateliers et de mini-conférences et tente ainsi, tant bien que mal, à répondre aux besoins en formation exprimés principalement par les organismes communautaires. Fiers d’être le seul organisme communautaire à présenter une telle série d’ateliers en français dans l’Ouest canadien, l’ACFA offrait cette année, entre autres, une conférence sur le « fundraising » ; des ateliers sur la médiation, sur les entreprises sociales, sur la gestion des ressources humaines, sur les médias sociaux, et sur les droits de la personne en milieu de travail….

Quoiqu’il soit vrai que la participation à ces séries d’ateliers fluctue d’une année à l’autre en fonction des choix d’ateliers offerts, il y a toujours un noyau d’employés œuvrant au sein des OSBL francophones qui reviennent année après année. Presque la moitié de ces employés se sont déplacés vers Edmonton pour profiter de ces formations, certains venants même de Lethbridge (450 km) et Fort McMurray (600 km).

Toujours en quête de créativité et d’innovation, les organismes communautaires francophones en Alberta, comme c’est le cas partout d’ailleurs, évoluent de plus en plus dans un secteur totalement devenu dépendant sur le savoir. Vu la rapidité à laquelle notre monde évolue, les communautés francophones canadiennes en situation minoritaire se doivent d’identifier des stratégies d’acquisition de compétences et de connaissances afin de s’adapter à ce nouveau contexte.

La contribution des organismes communautaires à « S’Outiller » est fabuleuse ! Des organismes œuvrant dans le secteur de la petite enfance ou dans le secteur économique offre gratuitement des ateliers ; tandis que d’autres partagent leurs locaux afin que ces ateliers puissent être logés. Ces rapports synergiques communautaires sont au cœur du succès de « S’Outiller ». Cette série annuelle d’ateliers se doit d’être poursuivie car, étant déjà l’unique option du genre dans l’Ouest canadien, la communauté francophone ne peut pas se permettre de la perdre… Toutefois, afin de ré-énergiser l’événement, il serait sage de soutenir le développement de nouvelles synergies communautaires…

L’an prochain, je continuerai à m’outiller…